L’histoire de la Marinière. Chapitre 2 

 

 

De l’uniforme du matelot au maillot de l’équipe de France, histoire d’une pièce française

Le cinquième pilier de l’histoire de la marinière est le passage d’un article de mode française à un symbole international et intemporel de la mode française

Si la marinière est quasiment devenue un meme de la mode française, c’est sans doute avant tout parce qu’elle a voyagé. Tout d’abord aux Etats Unis comme vu précédemment avec des acteurs américains, ou des artistes de renommée internationale, mais l’enfant terrible de la mode, Monsieur Jean Paul Gauthier, va faire de cette pièce et de ce motif son emblème et lui donner son empreinte stylistique pour très longtemps.

Il la met en avant dès son premier défilé en 1978. Puis en 1983 la marinière rayée devient la pièce essentielle de sa collection « Boy Toy ». Le créateur vient saluer le public, à la fin du défilé, habillé lui même en marinière.

Sa relation avec les stars planétaires de Madonna, Lady Gaga, Dita Von Teese, Beth Ditto jusqu’à Rihanna aujourd’hui, et les costumes de scènes qu’il réalise pour les plus grands artistes, va être le moyen de véhiculer ce look français dans le monde entier.

Même son parfum, le Mâle, best seller depuis plus de 20 ans, flacon en forme de buste d’homme sans bras et sans tête, à la manière des statues greques, est vêtu d’une marinière.

A la fin des années 90, Karl Lagerfeld va lui aussi commencer à réinterpréter la marinière. On se souvient de la marinière de la collection 2009 avec les 2 C comme écris au feutre. L’explosion du luxe dans le monde, et notamment en Asie et en Amérique du sud, couplé à l’engouement pour Chanel, vont aussi diffuser cette pièce et son iconographie frenchy. La marinière inspire tous les créateurs : Prada, Kitsuné, Dolce & Gabbana, A.P.C, Comme des Garçons, Hermès…

En 2010, la marinière marque la mode au moment ou l’agence Elite fait poser les finalistes de son concours annuel en marinière échancrée. Depuis l’hiver 2013, le duo Gildas Loaëc et Masaya Kuroki de Kitsuné, partisans du Made un France et qui avaient déjà revisité le classique de chez Petit Bateau en 2009 via une capsule, oeuvrent désormais à la DA de cette marque et réinterprètent à l’infini la marinière. Pour les hommes, les femmes et les enfants.

En effet, la marinière possède la force d’être intemporelle et de pouvoir être porté par toute la famille ; depuis que, en 1846, la reine Victoria décida d’habiller ses enfants de costumes marins en réduction, vêtir ses enfants d’inspiration nautique ne s’est plus jamais démodé, et est passé par toutes les strates de la société en 150 ans. La Reine souhaitait à travers ce symbole, exalter la fierté nationale de l’Angleterre et sa marine, alors la plus puissante du monde. Elle perpétue ainsi la tradition des XVIIe et XVIIIe siècles d’habiller les garçonnets dans des uniformes de fantaisie.

L’apogée de la reconnaissance de ces rayures, passe bien sûr à travers une des marques les plus puissantes du monde : Je dirige le département chaussures au moment où Nike rachète la FFF en 2008. A partir de ce moment la marque au Swoosh vibre au son de cette fédération et surtout cherche à, tout en restant authentique, rajeunir et rendre cool l’image du foot et du maillot de foot. En interne des mois de recherche sur l’histoire du maillot, sur le foot, sur les français, les symboles, le caractère aussi de nos concitoyens, des interviews menés, des brainstormings..toute la compagnie résonne avec l’équipe de France et les briefs design.

« La marinière », maillot de l’équipe de foot dessiné sous forme de Tshirt pour les sorties de l’équipe de France en 2011, est la consécration française internationale de notre chère icône. Une marque de l’irrévérence à la Française.

Pour la sortie de ce maillot, Colette organise une exposition avec Nike et ils s’associent pour lancer « Away Project » mettant en scène les produits emblématiques de onze grandes marques, revisités façon marinière en édition ultra-limitée. Parmi les marques : Longchamp et le fameux sac pliage, Stylo Montblanc, Macarons Ladurée, Sac Chanel, Carré Hermès, Parfum Comme des Garçons, Palette maquillage YSL..

Mais celà ne suffira pas à taire les critiques incessantes du Foot français à l‘égard de ce maillot qui avec le temps s’est avéré être un grand tournant : il fut la première pierre posée par Nike qui permet aujourd’hui à ce sport d’être devenu cool.

Le premier Fervent défenseur du « made in France » en politique, Monsieur Montebourg, le ministre du Redressement productif n’apprécie pas que ces maillots ne soient pas fabriqués en France mais en Thaïlande. Celui que l’on a vu dans la presse affublé d’une marinière, un blender Moulinex à la main ou encore au volant d’une Renault Zoé, est grandement critique à l’égard de l’expatriation de la production des maillots, surtout quand il s’agit d’une marinière !

L’industrie textile française est moribonde, claquée sauvagement depuis le 1er Janvier 2005, date à laquelle le textile-habillement vit dans un environnement concurrentiel libéralisé. Il n’existe plus depuis ce jour, aucune restriction quantitative aux exportations textiles et vêtements pour les pays membres de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Et la Chine fait partie de l’OMC. Pourtant résistent quelques entreprises avec un savoir faire français quant il s’agit de la marinière :

Tout d’abord, L’entreprise SAINT JAMES implantée en Basse Normandie, dans la commune de Saint-James, à proximité du Mont Saint-Michel, depuis 1889.

Sa notoriété s’est forgée sur un vêtement culte “le vrai pull marin breton tricoté en pure laine vierge”, destiné à l’origine aux marins pêcheurs, puis adopté par les grands navigateurs et les plaisanciers.

Puis, Armor-Lux, créée en 1938 à Quimper, aujourd’hui une marque reconnue pour l’originalité de ses collections qui puisent leur inspiration dans les couleurs de la mer et les valeurs de la Bretagne.

Armor-Lux, c’est plus de 75 ans d’expérience, 600 personnes, 3 sites de production, un réseau de plus de 50 boutiques et des valeurs fortes : qualité, innovation et éthique. C’est la marque de la marinière portée par Mr Montebourg sur la couverture du Parisien Magazine le 19 Octobre 2012.

Et enfin, la marque le Minor créée à Pont l’Abbé en 1936, non loin de Quimper. Frenchtrotters et d’autres marques de textile branchées font fabriquer leurs marinières à travers l’usine de cette maison. La marinière coton lourd Orcival respecte les codes de ce produit imaginé et sculpté pour le travail, dont la valeur d’usage est noble pour cette entreprise.

La Marinière est donc un symbole de mode française fort qui possède une histoire incroyable. Tous les créateurs, légitimes ou en devenir souhaitent la réinterpréter. A défaut pour les français d’avoir leur American flag ou leur union Jack, nous avons notre marinière comme étendard de l’histoire d’un peuple. Il se cache toujours tant d’histoires derrière un morceau de tissu.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *