Monochromes : Le Vert

Le vert n’est pas la couleur la plus facile facile à porter. Et même si 3 robes vertes ont défilé cette année aux Golden Globes, dont une sublime robe verte à paillettes Gucci que portait Oliva Wilde, cette couleur est ce que l’on appelle une 4ème ou 5ème couleur dans le prêt à porter : une couleur qui aide au merchandising, une couleur qui soutient les autres.

Selon l’historien Michel Pastoureau, plus qu’un pigment, toute couleur est d’abord une idée.

C’est la couleur préférée de 15% des français mais aussi celle que 15% des français détestent. C’est bien là tout le paradoxe du vert. Il exprime autant la jeunesse, la nature, la nouvelle révolution, verte donc, que les êtres bizarres et mystiques comme les dragons, Hulk, Shrek ou les Extra-Terrestres. Au moyen-âge c’était la couleur des démons et du mal.

Le vert fut un casse tête dans l’industrie textile, c’est une couleur instable, rebelle, très difficile à fixer chimiquement. Tout comme en photo, la couleur qui s’estompe le plus vite avec le temps sur les clichés en papier est encore le vert rebelle.

Quand on est enfant et que l’on joue à peindre et mélanger les couleurs, on apprend assez vite que si l’on marie le bleu et le jaune on obtient du vert. Et pourtant il fallut attendre la découverte du cercle chromatique par Newton, au XVIIe siècle avant de situer le vert à mi-chemin entre bleu et jaune.

En effet, dans les villes jusqu’à la fin du XVIIe siècle, chaque teinturier possédait sa couleur et sa rue. Il était impensable de trouver dans un même quartier le teinturier du bleu et celui du rouge. La concurrence était ardue et les artisans ne cherchaient pas à s’unir et à innover en mixant leur savoir-faire.

Avec le romantisme, à la fin du XVIIIe siècle, la nature devient verte, exclusivement synonyme de végétation. L’art à cette époque va mettre en avant le vert-oxygène avec des mouvements comme le néo-classicisme ou le vert sera très présent.

Au XIXe siècle suite aux deux révolutions industrielles les villes se transforment, s’agrandissent, les usines dessinent un nouveau paysage urbain et le besoin de nature se fait sentir au coeur même des cités.

Le mouvement commence en Angleterre sous l’ère Victorienne : on construit des parcs et des jardins, des coulées vertes… Ce besoin de vert à la fin de ce siècle, de retour à la nature, se traduit dans les peintures des naturalistes, qui cherchent à représenter au plus juste cette nature.

Gustave Courbet est leur référence, mais Jules Breton ou Rosa Bonheur en France, ou bien encore Norman Rockwell aux Etats Unis, cherchent à mettre en scène de manière picturale ce que Zola décrit dans son oeuvre : la vraie vie des pauvres, des paysans, sur leur lieu de travail ou même chez eux.

Une photo peinte de la classe paysanne et populaire au moment où la photographie est inventée.

(Berger des Pyrénées, Marie Rosa Bonheur 1864)

Dans la mode, le vert est aussi un nouveau parti pris à cette époque : C’est « Le vert artistique » des années 1890 des robes dites « artistiques » : un mouvement né pendant la période « Esthétique » de la mode ; un retour aux couleurs neutres et évocatrices en écho à cette rupture avec la révolution industrielle, grise, terne, et polluante.

On retrouve l’ambivalence du vert partout :

En joaillerie, il est porteur de chance chez les chinois. En effet le Jade, vert, est symbole de pureté et est considéré comme un lien entre la terre et le ciel. Pourtant chez les joailliers occidentaux, le vert de l’émeraude n’est pas symbole de fortune et c’est la pierre la moins vendue en bijouterie car une superstition veut qu’elle porte malheur.

S’ajoute une autre superstition célèbre : au théâtre, porter du vert est interdit, cela porterait malheur …la légende dit que Molière, qui mourut sur scène, était habillé en vert ce soir là. Et pourtant la grande majorité des films américains sont aujourd’hui tournés sur fond vert pour des raisons autrement techniques.

(Exposition YSL 2016, Affiche métro parisien)

Aujourd’hui le vert symbolise ce qui est sain, c’est la couleur de l’univers médical, calmante, couleur de la nature, du bio. Le vert représente même notre planète…bleue ! Et puis c’est aussi la couleur du hasard, tous les tapis des salles de jeux sont verts, comme les tapis de billard. C’est une couleur qui se joue des époques et des symboles. Peut être est ce dû à sa fabrication : elle est basée sur l’oxydation des métaux ; mais ces mélanges improbables d’acides, d’oxydes, de plomb, de cuivre sont toxiques voire mortels… alors que le vert exprime la fraîcheur et la pureté. Un comble.

(Villa Savoye Le Corbusier, Poissy)

Quelques grandes maisons de luxe ont choisi le vert comme couleur principale ou annexe de leur branding : Lacoste, crocodile oblige, Tiffany et son vert d’eau, Gucci également, même si le vert soutenu de Gucci est mêlé au rouge et au brun, ou bien encore Prada.

Le vert est une couleur qui distingue, qui interpelle l’oeil. Faire le choix du vert c’est afficher un point de vue, avoir envie de se démarquer.

Ce n’est pas un hasard si toutes nos applis de communication sur nos smartphones sont vertes : Message sur Iphone, Whatsapp, WeChat, Facetime, c’est le moyen d’attirer notre attention parmi la myriade d’applis et de couleurs, tout en évitant d’agresser l’oeil à l’instar du rouge.

(Collage Polaroïds David Hockney 1982, actuellement rétrospective au centre Georges Pompidou)

Le vert est une couleur qui fut très en vogue à la fin des années 70. Une couleur qui lorsqu’elle est portée exprime la joie, la légèreté, l’amusement aussi. C’est une couleur organique et vivante. Elle est la couleur que l’on retrouve le plus dans la nature et pourtant la porter, ou la choisir comme couleur de carrosserie n’est pas naturel, quelque soit les cultures.

Alors le vert en 2017 ? L’entreprise américaine Pantone, connue pour son nuancier, choisit tous les ans depuis 2000 une teinte qu’elle consacre “couleur de l’année”. Or après le bordeaux Marsala de 2015 et le duo rose Quartz et bleu Serenity, c’est sur un vert végétal que ses cahiers de tendance se sont arrêtés : le vert sera à la mode en 2017.

Le vert « Greenery » est pour Pantone « une nuance fraîche, pleine de zeste, entre le jaune et le vert, qui évoque les premiers jours du printemps quand la nature verdoie, revit, se restaure, se régénère ».

Un renouveau à l’image de cette année 2017.

 

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