LE 501 OU L’HISTOIRE DE L’AMERIQUE. Chapitre 2

Retracer l’histoire précise avant 1906 de Levi Strauss et de la naissance du jean est chose difficile : l’incendie qui ravage le siège de la compagnie en 1906 suite au Séisme de San Francisco détruit toutes les archives. Cette disparition des origines a ouvert la voie à de nombreuses légendes et histoires qui ne se recoupent pas forcément.

Et malgré les sources et les archives multiples consultées pendant les recherches, européennes et américaines, il est peu probable que nous connaissions véritablement les débuts de ce mythe.

Mais finalement, quelque soit l’histoire contée, elle n’en reste pas moins à l’image de l’American Dream : prometteuse, visionnaire et mythique.

Levi Strauss est né Loeb Strauss en Allemagne en 1829. Après la mort de son père, sa mère décide en 1847 de traverser l’Atlantique avec sa sœur pour rejoindre ses 2 fils ainés installés à NYC. Une aventure pareille doit certainement marquer un jeune homme de 18 ans. L’espoir d’un nouveau monde, d’une nouvelle vie ?

A son arrivée à NYC, il observe la fièvre qui s’empare des hommes américains et même venus de toute l’Europe : il y a de l’or à l’ouest. A 24 ans il décide une nouvelle fois de traverser un continent. Par la terre cette fois, et s’en va rejoindre la Californie afin d’ouvrir des succursales de l’entreprise familiale.

L’histoire raconte qu’il part avec du matériel vendu dans la droguerie familiale : de la mercerie, des ciseaux, des aiguilles, des outils, et de la toile lourde. Certaines sources sûres sur l’origine des jeans racontent que Levi Strauss s’imagine que tous ces hommes à la recherche d’or ont besoin de tentes pour s’abriter et il compte vendre aux mineurs ses toiles. Mais les hommes à la recherche d’or sont impatients. Ils achètent tout le matériel nécessaire aux fouilles, les fournitures les intéressent, mais ils préfèrent dormir à même le sol à côté des trous creusés la journée plutôt que penser au confort d’une toile tente.

Strauss arrive à San Francisco et ouvre ainsi une boutique que l’on pourrait qualifier de Droguerie. Les mineurs et les chercheurs d’or ont pourtant un besoin vital : ils sont arrivés dans le grand ouest avec des vêtements de ville qui n’étaient pas conçus pour endurer la vie de ces travailleurs acharnés dans les roches, les cailloux, à même le sol. Les pantalons étaient troués, déchirés, et nécessitaient des retouches permanentes. Levi Strauss aurait ainsi eu l’idée d’utiliser sa toile afin de mettre au point un pantalon en coton suffisamment solide pour endurer les traitements imposés aux pantalons des hommes. Le nom de ce pantalon ? Waist High Overalls, pour les distinguer des salopettes (overalls) existantes.

Face au succès de ses pantalons (sans doute confectionnés par des couturières à la main dans l’arrière boutique dans un premier temps), et à l’acheminement trop long du coutil utilisé pour la confection, Levi Strauss décide de se tourner vers l’Usine Amoskeag dans le new Hampshire qui fabrique un tissu solide, durable et confortable : Le sergé de Nîmes (technique issue de la ville de Nîmes en France, qui à l’origine ne propose pas de tissage en toile coton mais de la laine et de la soie, voir article sur les techniques du Denim).

Pendant ce temps là dans le Nevada, Jacob Davis, immigré russe qui possède une boutique de tailleur, est confronté à l’usure des pantalons notamment ceux des bucherons. Cet inventeur, qui avait déjà eu plusieurs métiers avant celui de tailleur, va avoir l’idée brillante de fixer des rivets sur les poches des pantalons, rivets qu’il utilise pour sangler le cuir des couvertures qu’il vend pour les montures de chevaux.

Face au succès considérable de cette technique qui solidifie véritablement les pantalons, Davis veut faire breveter son invention pour la protéger. N’ayant pas les moyens de déposer le brevet lui même (68 Dollars à l’époque), il a l’idée de demander à son fournisseur de tissu à San Francisco, Levis Strauss, de s’associer.

 

En mai 1973 le brevet 139.121 est déposé, et Jacob Davis rejoint l’entreprise Levi Strauss ou il devient le responsable de la Production. Jusqu’en 1915, l’usine Amoskeag fournira la toile pour la fabrication des pantalons. 2 tissus : le coutil de coton, marron, et le denim. Face au succès du Denim, Levi Strauss abandonne en 1911 le coutil marron.

Le denim est un sergé de coton teint avec de l’indigo. Le serge est une technique de tissage. Ce qu’il faut retenir de cette technique est qu’elle lie un fil bleu indigo (le fil de chaine) avec un fil écru ou blanc (fil de trame). L’indigo est une technique de teinte très utilisée depuis des siècles car les indigotiers sont des plantes répandues, cultivées en Europe, en Asie ou en Afrique. La particularité du Denim, et ce qui en fait un objet de culte, est que, plus il vieillit, plus le bleu s’estompe et offre un rendu unique en fonction de son utilisation : la patine. Un graal pour les faiseurs de vêtements, la véritable empreinte de l’histoire d’un vêtement.

Quelles sont les caractéristiques du 501 ? Quelles sont les dates qui vont façonner l’histoire du 501 et la firme ?

Caractéristiques du premier 501 – 187

Tout d’abord sa forme :

  • 4 poches : 3 sur le devant, 2 à droite dont une petite pour probablement mettre la montre à gousset (ou les pépites d’or), 1 à gauche.

1 seule poche à l’arrière droit (avec un arcuate voir ci-dessous).

Pas de boucle de ceinture, juste quelques boutons pour attacher les bretelles, méthode préférée à la fin du 19ème siècle pour porter le pantalon.

Une pate de serrage à l’arrière : la martingale

Des rivets en cuivre sur toutes les poches et à l’entrejambe

  • un aspect non fonctionnel : 2 surpiqûres orange au dos de la poche, considérée aujourd’hui comme la plus ancienne signature de marque créée. La légende dit que ce serait un hommage à l’esprit américain qui symboliserait les ailes d’un aigle américain en vol. Levis fera breveté cette surpiqûre, appelée Arcuate, en 1943

Son nom :

  • Le label XX : de 1873 à 1890, le jean portera le nom de XX du nom de la toile achetée à l’usine Amoskeag.

Vers 1890, Levis utilise le numéro 501 qui est à l’origine le numéro de série qui indique la meilleure toile d’Amoskeag (Lot 501 XX).

La matière :

  • Le Denim utilisé à l’époque est un Denim brut, non traité, « Shrink to Fit » : il rétrécira et sera à la bonne taille une fois trempé dans un bain. Ce qui à l’époque ne sera pas un problème, la fonction du pantalon étant le travail dans les mines ou les champs, et le lavage n’étant pas la priorité des utilisateurs.

 

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