Les Vestes Militaires Françaises : M64-F1-F2

La passion du vêtement et de son histoire mène inéluctablement sur les chemins rocailleux et hasardeux du vêtement militaire. Retracer l’histoire du vêtement et de l’uniforme militaire est passionnant à bien des égards : La décision d’innover dans les uniformes des combattants est souvent un acte politique ou philosophique (sauver des vies) qui a pour conséquence de révolutionner le vêtement dit « civil ».

En effet, avant l’industrialisation des uniformes militaires, la confection des vêtements était réservée aux tailleurs et aux mères de famille. L’aspect industriel a véritablement stylisé le vêtement.

Les armées ont été à l’origine de la fabrication de vêtements en série. A l’image du Denim qui était un vêtement de travail avant sa « glamourisation » par Hollywood dans les années 40, le vêtement militaire était un vêtement fonctionnel et rejeté de ceux qui aiment la mode jusque dans les années 90.

Pour débuter cette série d’histoires sur les vêtements militaires, j’ai choisi de parler des vestes que l’on retrouve le plus dans les friperies et surplus français : les vestes françaises Satin 300 (ou M64), et les vestes F1 et F2. Pour comprendre leur histoire il faut pour cela retourner en 1958…

En pleine guerre d’Algérie De Gaulle revient au pouvoir et fait approuver la fin de la 4ème République. La 5ème République née en 1958 est une ère nouvelle, notamment après la fin du conflit Algérien. Outre l’exode massif et les nombreuses victimes qu’a fait cette guerre de décolonisation, la fin de la 4ème République sonne aussi le glas des uniformes dépareillés au sein de l’armée française.

Dans les années 60, au tournant de la fin de la guerre d’Algérie, Charles de Gaulle veut une armée homogène, équipée par la France et dont les uniformes seraient fabriqués en France. Jusque lors, l’armée française depuis WWII était équipée de vêtements venus d’armées différentes (US/GB..).

A partir de 1964 l’armée de terre française reçoit une veste la M64 ou Satin 300 (tissu lourd qui pesait 300 g/m2). Cette Veste est une amélioration de la veste F1 de 1950, elle même inspirée de l’iconique veste M47 (Histoire à venir sur le journal). La Satin 300 est plus prêt du corps que la M47, avec 2 poches zippées sur la poitrine, et plus longue.

La contexture Satin, est une contexture à l’image de la Moleskine : le tissu est tissé de manière très serrée, donnant à la veste un aspect satiné et extrêmement solide. Elle est même plus solide que la contexture Cergé qui sert à confectionner la toile denim.

La M64 ou Satin 300 est caractérisée par ses 2 poches poitrine zippées, deux poches à revers aux hanches, des épaulettes, une capuche amovible, un cordon intérieur de serrage de la taille, des boutons de fermeture aux poignets, et un rabat coupe-vent à l’intérieur pour la poitrine.

La solidité de cette veste est incontestable mais elle ne permet pas aux soldats d’être à l’aise dans leur uniforme lorsque la température s’élève. Trop chaude, trop longue, les soldats ne cessaient de la faire reprendre, réajuster, raccourcir, et la portaient comme on le voit sur certains clichés, les manches retroussées.

C’est la raison pour laquelle dès 1980 la veste F1 remplace la M64 dans les paquetages de soldats. Son atout majeur est sa légèreté. Le tissu est allégé, il fait 210 grammes/m2 et il est tissé en HBT : Herringbone Twill, soit une gabardine en arrête de poisson, en français dans le texte. Les caractéristiques d’une veste militaire sont avant tout fonctionnels et pratiques : ainsi les boutons de la veste sont remplacés par des boutons pression, le rabat de la poitrine est supprimé, et les zips qui s’ouvraient alors sur la M64 de bas en haut, s’ouvrent désormais de haut en bas.

Malgré ces améliorations, la veste ne convient pas aux usages des militaires. Trop légère, le tissu, bien que tissé en HBT se troue et s’use trop vite.

Dès la fin des années 80, la directive est prise de faire rentrer en dotation pour les soldats, la veste F2. Ainsi, la veste F1 1980 est plus difficile à trouver en surplus, car elle a équipé l’armée pendant à peine 10 ans.

La veste F2 est un excellent compromis entre la M64 et la F1 : elle est tissée avec un tissu de 270 grammes/m2, également en HBT, les pressions aux épaules sont remplacées par des boutons, car elles avaient pour habitude de ne pas tenir lors du lavage. Elle est raccourcie, et possède désormais un élastique sur le bas de la veste. On trouve des F2 avec poches et sans poches.

La veste F2 est particulièrement marquante car outre son confort, sa légèreté et sa résistance, ce fut la première veste sur laquelle le motif camouflage réapparait dans l’armée de terre française (le Camo Daguet, Camo pour le désert, a été utilisé lui pour la première fois pendant la Guerre du Golfe en 90/91).

En 1992 lors de l’intervention de l’armée française à Sarajevo, les soldats furent dotés pour une des premières fois depuis la guerre d’Algérie de vestes imprimées avec un motif. Mais les soldats vont essuyer un camouflet : comme me l’a raconté un vendeur-conseiller de chez Doursoux rue Amelot, qui était soldat pendant le conflit en ex-Yougoslavie, ils étaient très fiers d’être les premiers soldats français à porter de nouveau le « camo » depuis la fin de la guerre d’Algérie.

Pendant près de 30 ans, il avait été remplacé par le vert olive car le motif était trop connoté visuellement par les violences et exactions faites lors du conflit algérien. Mais ils furent ridiculisés par les militaires étrangers car le premier camouflage choisi par l’armée française était un camouflage…américain. Un camouflage Woodland mais américain !

Depuis, l’armée française a adopté le camouflage de la famille Woodland mais Europe Centrale (CE), le camouflage officiel utilisé par l’armée de terre française.

Histoire des Camouflages à venir bientôt sur stylefrancais.

La veste militaire aujourd’hui est un basique dans le style français.

 

 

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